Myélome multiple
Informations Générales
Définition
Hémopathie maligne plasmocytaire caractérisée par une prolifération clonale de plasmocytes médullaires sécrétant une immunoglobuline monoclonale
Il est précédé dans la majorité des cas par une gammapathie monoclonale de signification indéterminée.
Les atteintes osseuses, rénales et hématologiques dominent la présentation clinique, déterminent la sévérité et le pronostic fonctionnel.
Physiopathologie
Expansion clonale d’un plasmocyte ayant acquis des anomalies génétiques lui conférant un avantage de survie, de prolifération et de résistance au microenvironnement médullaire.
Cette expansion donne une accumulation de plasmocytes sécrétant une même immunoglobuline. L’accumulation de plasmocytes dans l’os entraîne les atteintes osseuses et les cytopénies. La sécrétion d’immunoglobuline peut se manifester par une hyperviscosité sanguine ou un dépôt rénal.
Le myélome est étroitement lié aux maladies de dépôts d’immunoglobulines telles que l’amylose AL.
Les anomalies des interactions entre plasmocytes tumoraux et le microenvironnement médullaire expliquent en partie l’expansion clonale maligne.
Les plasmocytes induisent la sécrétion de cytokines stimulant les plasmocytes et les ostéoclastes, tout en inhibant les ostéoblastes ce qui provoque une résorption osseuse.
Le clone plasmocytaire inhibe la production d’Ig normales entraînant une hypogammaglobulinémie.
Anomalies du génome :
Elles sont acquises et aucune n’est spécifique ni constante.
L‘hyperdiploïdie est de bon pronostic, à l’inverse des formes non hyperdiploïdes qui sont de mauvais pronostic.
Une translocation impliquant IgH (14q32) est fréquemment présente.
Pronostic favorable : 11q13
Pronostic défavorable : 4p16, 16q23, 20q11, 6p21, del 1q, del 1p, del 17p
Épidémiologie
Le myélome multiple représente environ 10 à 15% des hémopathies malignes et survient préférentiellement chez le sujet âgé, avec un âge médian au diagnostic compris entre 65 et 70 ans.
Facteurs de risque :
Génétique : incidence doublée chez les sujets afro-américains et très faible chez les asiatiques
Facteurs environnementaux : benzène, pesticides, radiations
Clinique
Présentation Clinique
Atteinte osseuse (dans 70 % des cas) :
Douleurs osseuses, de rythme inflammatoire, touchant particulièrement le squelette axial (rachidiennes, costales, sternales ou pelviennes)
Fractures pathologiques et tassements vertébraux fréquents
Hypercalcémie : nausées, constipation, confusion, déshydratation
Syndrome anémique : asthénie, dyspnée, pâleur, diminution de l’état général
Plus rarement : syndrome d’hyperviscosité, amylose AL associée, plasmocytomes extra-médullaires, compression médullaire
Biologie
Anomalies de l'hémogramme
Anémie fréquente, normocytaire normochrome arégénérative le plus souvent
Thrombopénie et neutropénie plus tardives ou dans les formes évoluées
Des plasmocytes sont rarement retrouvés sur le frottis sanguin
Si la plasmocytose sanguine dépasse 2G/L on parle de leucémie à plasmocytes
Autres anomalies biologiques
Fonction rénale : insuffisance rénale aiguë ou chronique, parfois révélatrice, notamment dans les formes à chaînes légères
Bilan biochimique : calcémie, albuminémie, LDH, uricémie, CRP, béta-2-microglobuline
Bilan d’hémostase : 10 à 15 % des patients présentent un syndrome hémorragique au diagnostic en lien avec la thrombopénie, l’insuffisance rénale, l'hyperviscosité, ou l'interférence entre l'Ig monoclonale et les facteurs de la coagulation
Électrophorèse des protéines sériques (EPS) :
Met en évidence un pic monoclonal dans la majorité des cas (80%) : γ > β2 > α2
Dans 20% des cas l’EPS retrouve une hypogammaglobulinémie sans pic : myélome à chaîne légère ou myélome non sécrétant (rare)
Immunofixation sérique : confirme la monoclonalité et précise l’isotype de l’immunoglobuline monoclonale, IgG > IgA > IgD > IgM > IgE
Immunofixation urinaire (protéinurie de Bence Jones) : permet la quantification et le ratio des chaînes légères kappa et lambda
Chaînes légères libres sériques : indispensables notamment dans les formes à chaînes légères pour son impact pronostique et le suivi (non nomenclaturé donc payant pour le patient en ville)
Pour rappel la bandelette urinaire ne met en évidence que l’albumine et ne permet pas d’apprécier la présence de chaînes légères
Myélogramme
Indispensable au diagnostic
Cytologie :
Plasmocytose médullaire clonale > 10%, avec recherche d’atypies morphologiques
Cytopénies selon l’envahissement médullaire
Immunophénotypage plasmocytaire médullaire utile pour documenter la clonalité et pour la maladie résiduelle mesurable dans les centres spécialisés
Cytogénétique : FISH pour rechercher les principales anomalies pronostiques : del(17p), t(4;14), t(14;16), anomalies du chromosome 1 (del(1p32) et gain 1q)
Autres examens
La biopsie ostéomédullaire est réalisée si le myélogramme est peu contributif. Le diagnostic est parfois obtenu sur une biopsie osseuse à la suite d’une fracture pathologique.
Imagerie
Le scanner corps entier faible dose (sans injection) est un examen de référence pour la recherche de lésions osseuses. Il montre des lésions ostéolytiques à « l’emporte-pièce », homogènes sans condensation périphérique et d’éventuelles fractures. Il remplace avantageusement les anciennes radiographies conventionnelles.
Le TEP-TDM au 18FDG ou l’IRM corps entier ont une place importante pour le bilan d’extension, la détection de lésions focales, des atteintes extra-médullaires et l’évaluation de la réponse thérapeutique.
Diagnostic
Critères diagnostiques
Le diagnostic de myélome multiple actif repose sur la présence de ≥10 % de plasmocytes clonaux médullaires ou d’un plasmocytome histologiquement prouvé, associé à un ou plusieurs critères d’activité du myélome :
Critères CRAB attribuables au clone plasmocytaire :
Calcium : hypercalcémie > 2,75 mmol/L ou > 0,25 mmol/L au dessus des valeurs normales
Renal : insuffisance rénale, créatininémie > 173 µmol/L (> 20 mg/L), ou clairance de la créatinine < 40 mL/min
Anemia : anémie avec Hb < 10 g/dL ou inférieure de 2 g/dL par rapport à la normale
Bone : lésions ostéolytiques ou atteinte osseuse significative en imagerie.
Plasmocytose médullaire clonale ≥ 60 %
Rapport chaînes légères libres impliquée/non impliquée ≥ 100 avec chaîne impliquée > 100 mg/L
> 1 lésion focale à l’IRM d’au moins 5 mm
Diagnostics différentiels
MGUS (monoclonal Gammapathy of undetermined Significance) ou GMSI (Gammapathie monoclonale de signification indéterminée) :
Situation fréquente, concerne 1% des patients après 50 ans
Nécessite l'absence de signes clinique de myélome multiple, la présence d’un pic monoclonal sérique IgG ou IgA < 30 g/L et un taux de plasmocytes médullaires < 10%
Risque de transformation en myélome multiple 1% par an
Conduite à tenir en cas de découverte d’une MGUS:
Bilan clinique, biologique et radiologique complet de myélome multiple
Contrôle du pic monoclonal à 6 mois :
En cas de stabilité à 6 mois une surveillance tous les 1 à 2 ans est suffisante
En cas de progression l’avis d’un hématologue et une surveillance rapprochée sont souhaitables
En cas d’âge > 60 ans le myélogramme peut être différé si le pic est < 15 g/L
MGUS à chaîne légère :
Rapport FLC < 0.26 en cas de chaîne légère lambda et > 1.65 en cas de chaîne légère kappa
Absence de chaîne lourde en immunofixation
Absence de critères d'activité de myélome, plasmocytose médullaire < 10% et composant monoclonal urinaire < 500 mg/24 heures
Myélome multiple asymptomatique (smoldering) :
Absence de signes cliniques ou de signes d’atteinte d’organe (Critères CRAB)
Pic IgG ou IgA ≥ 30 g/L ou protéinurie monoclonale urinaire ≥ 500 mg/24 heures et/ou plasmocytose médullaire entre 10 et 60%
Risque de progression en forme symptomatique, 10% par an
La surveillance biologique est étroite (tous les 3 mois) et le bilan radiologique (radiographie du squelette axial) est annuel
Les critères de risque élevé d’évolution :
Pic monoclonal sérique > 30 g/L, pic à IgA, progression du pic de 25% en moins de 6 mois
Restriction de synthèse avec diminution du taux des autres isotypes d’Ig
Rapport des chaînes légères compris entre 20 et 100
Plasmocytose médullaire élevée (mais inférieure à 60%), l'immunophénotypage plasmocytaire anormal, plasmocytes circulants
Anomalies cytogénétiques : t(4;14) ou del 17p ou gain 1q
IRM avec anomalies diffuses ou une seule lésion focale, PET scanner montrant une lésion focale et une hyperfixation sans destruction ostéolytique sous-jacente
Plasmocytome solitaire :
Lésions tumorale isolée de l’os ou d’un tissu mou montrant des plasmocytes clonaux
Absence de plasmocytose clonale médullaire
Absence d’autre anomalie radiologique ou biologique évocatrice de myélome multiple
Plasmocytome solitaire avec envahissement médullaire minime :
Lésions tumorale isolée de l’os ou d’un tissu mou montrant des plasmocytes clonaux
Plasmocytose médullaire clonale < 10%
Absence d’autres anomalies radiologiques ou biologique évocatrice de myélome multiple
Syndrome de POEMS :
Syndrome paranéoplasique parfois retrouvé en cas de myélome
(P) Neuropathie Périphérique
(O) Organomégalie
(E) Endocrinopathie
(M) Sécrétion plasmocytaire Monoclonale
(S) skin, lésions cutanées
Leucémie à plasmocytes :
Primitive ou secondaire
Taux de plasmocytes sanguins > 2 G/L
Présentation plus agressive que le myélome multiple
Pronostic plus péjoratif que le myélome multiple
Autres causes de pic monoclonal : maladie de Waldenström, LLC/LNH avec composant monoclonal, amylose AL...
Hypogammaglobulinémie : bilan systématique sauf si cause évidente (Ex LLC)
Autres causes de douleurs osseuses, fractures ou insuffisance rénale : métastases osseuses, ostéoporose sévère, hyperparathyroïdie, insuffisance rénale d’une autre cause...
Conduite à tenir
Traitement et suivi
Traitement
Les indications de traitement ne concernent que les myélomes multiples symptomatiques ou actifs et les myélomes multiples asymptomatiques (smoldering) s’ils ont des critères de risque élevé d’évolution
L’objectif du traitement est de prolonger la survie et la survie sans progression tout en optimisant la qualité de vie
Le choix thérapeutique dépend de l’âge physiologique, des comorbidités, de la fragilité, de la fonction rénale, du risque cytogénétique et de l’éligibilité à l’autogreffe
Ressources thérapeutiques :
Corticoïdes : dexaméthasone
Imid (immunomodulateurs) : lénalidomide (Revlimid), pomalidomide (Imnovid), iberdomide, thalidomide
Tératogènes
Thrombogènes : Une prophylaxie antithrombotique doit couvrir le traitement
Inhibiteurs du protéasome : bortezomib (Velcade), carfilzomib (Kyprolis), ixazomib (Ninlaro)
Provoquent des neuropathies
Le carfilzomib a des effets indésirables cardiaques
Anticorps anti CD38 : daratumumab (SC) et l’isatuximab (IV)
CAR-T cells
Anticorps bispécifiques : teclistamab, elranatamab, talquetamab
Patients éligibles à l’autogreffe
Quadrithérapie par association comportant un anticorps anti-CD38, un inhibiteur du protéasome, un immunomodulateur et une corticothérapie (Dara-VRD) :
Daratumumab
Bortezomib (velcade®)
Provoque des neuropathies
Lénalidomide (revlimid®)
Tératogène et thrombogène, provoque de la diarrhée
Dexaméthasone
Schéma de traitement :
4 cycles de Dara-VRD
Recueil de cellules souches périphériques
Intensification par melphalan haute dose
Autogreffe de cellules souches hématopoïétiques
2 cycles de Dara-VRD
Entretien par daratumumab (SC) mensuel et lénalidomide (PO)
Patients non éligibles à l’autogreffe
Quadrithérapie par Dara-VRD :
Dara-VRD, 12 cycles
Entretien par daratumumab (SC) mensuel lénalidomide (PO) :
L’objectif est d’obtenir une réponse profonde tout en limitant la toxicité chez les patients âgés ou fragiles
Patients âgés avec un état général dégradé
L’objectif est de contrôler la maladie tout en préservant la qualité de vie
Une association Ac anti-CD38 et lénalidomide ou bien Ac anti-CD38 et bortézomib peut être envisagée
Rechute / maladie réfractaire
Le choix dépend de l’exposition antérieure et de la durée de réponse, ainsi que du caractère réfractaire aux thérapeutiques précédemment utilisées
Les options incluent différentes triplettes de traitement, et dans certaines situations des anticorps bispécifiques ou des CAR-T cells selon disponibilité et indication
Traitement non spécifique
Prise en charge de l’atteinte osseuse par bisphosphonates, avec surveillance rénale et dentaire. Une ostéodensitométrie doit être réalisée à la découverte de la maladie.
Prise en charge des douleurs : paracétamol, morphiniques, corticothérapie. Contre-indication des AINS (risque rénal)
Prise en charge de l’insuffisance rénale aiguë ou chronique : hydratation, arrêt des néphrotoxiques
Prévention et traitement des infections selon le contexte clinique et thérapeutique :
Supplémentation par Ig polyvalentes selon les indications
Prophylaxie anti-infectieuse par cotrimoxazole et valaciclovir
Prise en charge de l’hypercalcémie : hydratation, bisphosphonate, corticothérapie
Prévention du risque thromboembolique sous immunomodulateurs : apixaban
Reprise d’une activité physique adaptée, +/- kinésithérapie selon atteinte initiale
Complications
Complications osseuses : douleurs, tassements vertébraux, fractures pathologiques, compression médullaire
Complications rénales : néphropathie à cylindres, insuffisance rénale aiguë ou chronique, dépôts de chaînes légères, amylose AL
Complications hématologiques : anémie, cytopénies, plus rarement plasmocytose circulante ou leucémie à plasmocytes
Complications infectieuses liées à l’immunodépression humorale et aux traitements
Complications métaboliques : hypercalcémie, hyperuricémie, syndrome d’hyperviscosité dans certaines formes sécrétantes
Complications thérapeutiques : neuropathies périphériques, toxicités hématologiques, infectieuses, thromboemboliques, ostéonécrose mandibulaire sous biphosphonates
Suivi
Le suivi est clinique et biologique avec un rythme adapté au traitement, à la réponse et au profil de risque
Surveillance clinique : douleurs osseuses, fractures, infections, signes neurologiques, tolérance des traitements, altération de l’état général
Surveillance biologique :
Bilan biologique standard : NFS, créatinémie, DFG, calcémie, albuminémie
Spécifique : LDH, EPS, immunofixation
Une attention particulière au pic monoclonal sera portée, son doublement en 2 mois est un signe d’évolutivité
Un pic monoclonal est attendu chez le patient traité par Ac anti CD38
Un autre signe d’activité de la maladie est une restriction de synthèse des autres immunoglobulines
Urinaire : une protéinurie sur échantillon au moins annuelle et le dosage des chaînes légères libres urinaires
Spécialisé : chaînes légères libres sériques (hospitalier)
La surveillance de la toxicité des traitements fait partie intégrante du suivi : neuropathie, infections, cytopénies, complications osseuses et thromboemboliques
Une thromboprophylaxie par apixaban sera ajoutée au traitement par immunomodulateur (Imid)
Les prophylaxies anti-infectieuses par cotrimoxazole et valaciclovir sont poursuivies jusqu’à récupération d’un taux de lymphocytes suffisant et d’un taux de gammaglobulines > 4 g/L
Un EI fréquent de lénalidomide est une diarrhée, en cas de traitement symptomatique inefficace, un traitement par un demi-sachet de questran par jour peut être proposé
Une attention particulière sera portée à la possible survenue de cancers cutanés secondaires sous lénalidomide
Réévaluation médullaire et/ou radiologique si suspicion de rechute, de progression, de maladie extra-médullaire ou pour évaluer la réponse thérapeutique
Myélome multiple en réponse complète : le suivi est semestriel voire annuel
Myélome indolent : suivi clinique tous les 3 à 6 mois, suivi biologique tous les 3 mois
Évolution
Hémopathie chronique d’évolution hétérogène, marquée par des phases de réponse, de plateau puis de rechute.
Le pronostic s’est nettement amélioré avec les nouvelles associations thérapeutiques, mais la maladie reste le plus souvent incurable.
Les facteurs péjoratifs incluent les anomalies cytogénétiques de mauvais pronostic, une atteinte extra-médullaire, un taux de LDH élevé et une masse tumorale importante, l’absence de réponse profonde, la présence de plasmocytes circulants.
Pronostic
ISS : basé sur l’albuminémie et la bêta-2-microglobuline
ISS 1 : taux de bêta-2-microglobuline < 3,5 mg/L et albuminémie > 35 g/L
ISS 2 : taux de bêta-2-microglobuline < 3,5 mg/L et albuminémie < 35 g/L ou un taux de bêta-2-microglobuline compris entre 3,5 et 5,5 mg/L sans tenir compte de l’albuminémie.
ISS 3 : taux de bêta-2-microglobuline > 5,5 mg/L.
R-ISS : ajoute les LDH et les anomalies cytogénétiques de haut risque
Références
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