Eosinophilie - Eosinopénie
Éosinopénie :
Taux d’éosinophiles < 0.1 G/L chez l’adulte. Dans la majorité des cas, cette anomalie n’a pas de signification clinique et un contrôle à distance est suffisant. Les étiologies d’éosinopénie vraie sont des causes médicamenteuses (corticothérapie, ACTH, adrénaline), un épisode de stress aigu, un trauma, une chirurgie lourde, une crise d’épilepsie, un infarctus du myocarde, l’hémodialyse, des infections bactériennes ou virales.
Éosinophilie :
Une éosinophilie est définie par un taux de polynucléaires éosinophiles > 0.5 G/L. Elles sont rarement dues à une hémopathie, les premières causes à évoquer sont parasitaires et allergiques.
On parle de syndrome hyperéosinophilique lorsqu’un taux d’éosinophile > 1.5G/L est associé à des dommages tissulaires en l'absence d’autres causes.
Situation d'urgence
Devant une hyperéosinophilie, la gravité est corrélée à l’atteinte d’organe et non pas au taux d'éosinophiles. Les atteintes cardiaques, pulmonaires, neurologiques centrales et thrombotiques sont une indication à une hospitalisation urgente avec début d’une corticothérapie.
Démarche diagnostique
Interrogatoire
Recherche d’un séjour en zone tropicale, zone d’infection parasitaire, baignade en eau douce...
Recherche de signe d’atopie, de dermatose
Contact avec des animaux
Prise médicamenteuse
Allergies connues
Expositions professionnelles
Risque d’infections sexuellement transmissibles
Clinique
Signes généraux, fièvre
Syndrome tumoral, dont hépato-splénomégalie
Présence d’un prurit
Recherche d’atteinte d’organe et particulièrement cardiaque, pulmonaire, neurologique ou des manifestations thrombotiques
Ictère
Oedèmes
Myalgies
Examen cutané complet
Troubles du transit
Biologique
NFS, +/- frottis sanguin
CRP
Ionogramme, créatininémie
ASAT, ALAT, GGT, PAL
Hémostase : TP, TCA
CPK
LDH
Sérologies virales : VIH, VHC
Sérologies parasitaires : les principales causes parasitaires cosmopolites sont la toxocarose, la distomatose et la trichinellose, d'autres peuvent être recherchées selon le contexte et les expositions.
Examen parasitologique des selles 3 jours de suite, ± Scotch-test anal
Bilan de deuxième intention devant une hyperéosinophilie persistante :
Tryptase, vitamine B12
IgE totale
EPS
NT-proBNP
Bilans selon certains profils:
Séjour en Afrique sub-saharienne: examen parasitologique des urines
Séjour tropical: IgE totales et sérologies filariose, bilharziose, strongyloïdoses
Séjour ou originaire Japon, Caraïbes, Afrique subsaharienne: sérologie HTLV-1
Selon le tableau: ANCA
Examens complémentaires
ECG, échodoppler cardiaque et EFR dans le bilan d’atteinte d’organe
Bilan allergologique en cas de tableau d’atopie
Scanner thoraco-abdomino-pelvien en cas d’adénopathies ou d’hyperéosinophilie persistante
Mesures générales
Un avis spécialisé en infectiologie est indiqué avant d’initier tout traitement anti infectieux en cas de suspicion de :
Neurocysticercose
Filariose
Bilharziose aiguë
Toxocarose avec atteinte ophtalmique ou cardiaque
Un traitement présomptif anti parasitaire peut s’envisager :
En cas d'absence de séjour en zone d’endémie parasitaire :
Flubendazole (100 mg pendant 3 jours, complété par une monoprise de 100 mg 15 jours plus tard) ou albendazole (400 mg/j au cours du repas pendant 1 à 3 jours puis 400 mg/j à J15) est proposé devant toute éosinophilie < 1.5 G/L sans cause évidente, en l’absence de contre-indication.
Praziquantel (15 mg/kg en 1 prise au cours du repas) est proposé devant une éosinophilie avec émission d’anneaux parasitaire spontanée par l’anus ou dans les selles (à envoyer si possible en parasitologie) y compris si l’examen parasitologique des selles est négatif.
L’Albendazole (10 à 15 mg/kg/j sans dépasser 800 mg/j en 2 prises par jour au cours des repas, pendant 10 à 15 jours) est proposé devant une HE > 1.5G/L inexpliquée.
En cas de séjour en zone d’endémie parasitaire :
Discuter tout traitement avec un parasitologue
J1 Ivermectine : 200 µg/kg à jeun (éventuellement complété par une 2ème dose à J2 ou à J15 en cas de confirmation diagnostique d’une anguillulose)
J2 Praziquantel : 40 mg/kg dose unique après le repas du soir
J3 à J18 Albendazole : 10 à 15 mg/kg/j sans dépasser 800 mg/j en 2 prises par jour au cours des repas pendant 5-15 jours
En cas d’échec du traitement antiparasitaire un avis spécialisé sera pris.
Étiologies
Causes allergiques (éosinophilie souvent modérée, habituellement < 1.5 G/L) :
Atopie
Asthme
Rhinite allergique, urticaire, œdème angioneurotique
Causes parasitaires (éosinophilie variable selon les parasites) :
Infections parasitaires cosmopolites :
helminthiases avec migration parasitaire : toxocarose, ascaridiose, distomatose hépatique, trichinose, myiase, toxoplasmose, hydatidose...
Helminthiases sans migration parasitaire : oxyure, taenia
Gale
Infections parasitaire tropicales :
Helminthiases tropicales : Strongyloïdose, Filariose lymphatique ou loase, onchocercose, bilharziose, gnathostomose...
Parasites ne provoquant pas d’hyperéosinophilie : paludisme, leishmaniose, amibiase et trypanosomiase
Causes systémiques (éosinophilie modérée à forte) :
Périartérite noueuse, vascularite de Churg et Strauss, Fasciite avec éosinophilie, sarcoïdose
Maladies digestives (éosinophilie modérée à forte) : Maladie de Crohn, Rectocolite hémorragique, Whipple
Maladies dermatologiques : Pemphigoïde bulleuse, Maladie de Kimura, Hyperplasie angiolymphoïde, Cellulite de Wells, Mycosis fongoïde, Sézary
Mastocytose systémique
Causes médicamenteuses : AINS, anti-épileptiques, antibiotiques (Bétalactamines, cyclines, antituberculeux, sulfamides, nitrofurantoïne), allopurinol, antirétroviraux, immunothérapie...
Hémopathies : Lymphome de Hodgkin, LNH, leucémie chronique à éosinophiles, syndrome myéloprolifératifs et myélodysplasiques.
Déficit immunitaires : Syndrome de Wiskott-Aldrich, syndrome de Job-Buckley...
Autres causes néoplasiques
Dans certains cas l’atteinte est spécifique d’un organe :
Pneumopathie chronique à éosinophiles (maladie de Carrington)
Gastrite à éosinophiles
Oesophagite à éosinophiles
Syndrome de Fernand Widal
Références
1.
Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). Éosinophilie. In: Pilly Étudiant 2023 [Internet]. 2e édition. Alinéa Plus Édition; 2023. Disponible sur: https://www.infectiologie.com/UserFiles/File/pilly-etudiant/items-edition-2023/pilly-2023-item-218.pdf
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Éosinophilie : Guide Clinique pour les Médecins et Outils de Prescription [Internet]. [cité 14 juill 2026]. Disponible sur: https://www.ordotype.fr/pathologies/eosinophilie
3.
FRON JB. RecoMédicales [Internet]. 2023 [cité 14 juill 2026]. Éosinophilie et hyperéosinophilies. Disponible sur: https://recomedicales.fr/recommandations/hypereosinophilie/
4.
Kahn JE, Legrand F, Capron M, Prin L. Hyperéosinophilies et syndromes hyperéosinophiliques. EMC - Hématologie. 2011;22(1):1‑16. doi:10.1016/S1155-1984(11)52510-5
5.
Société française d’hématologie. Item 218 Éosinophilie - Hématologie - ClinicalKey Student. In: Hématologie [Internet]. ELsevier Masson; [cité 14 juill 2026]. p. 225‑35. Disponible sur: https://www-clinicalkey-com.scd-rproxy.u-strasbg.fr/student/content/book/3-s2.0-B9782294782800500228
