Lymphome de Hodgkin
Informations Générales
Définition
Hémopathie lymphoïde maligne caractérisée par la présence de rares cellules tumorales B, de Reed-Sternberg au sein d’un infiltrat inflammatoire réactionnel.
Atteinte initialement ganglionnaire, avec extension possible à la rate, à la moelle osseuse ou à des sites extra- ganglionnaires
La présentation clinique typique est une masse médiastinale antérieure chez un sujet jeune
Le lymphome de Hodgkin classique représente la majorité des lymphomes de Hodgkin (95%). On distingue le lymphome hodgkinien nodulaire à prédominance lymphocytaire, ou paragranulome de Poppema (5%).
Sous- types histologiques classiques ne modifiant par la prise en charge: scléronodulaire, cellularité mixte, riche en lymphocytes, déplétion lymphocytaire
Rôle probable de facteurs immunitaires et infectieux, notamment association possible avec EBV
Physiopathologie
Prolifération clonale lymphoïde B dérivée du centre germinatif, dont les cellules tumorales restent minoritaires dans le tissu tumoral qui est essentiellement composé de microenvironment
Les cellules de Reed- Sternberg sécrètent des cytokines et chimiokines responsables du recrutement de nombreuses cellules inflammatoires non tumorales
Le microenvironnement tumoral participe à la survie tumorale, à l’échappement immunitaire et à la symptomatologie générale
Certaines caractéristiques immunophénotypique et cytogénétique aide à la caractérisation diagnostique :
L’expression fréquente de CD30 et souvent de CD15, avec faible expression des marqueurs B classiques
L’amplification du bras court du chromosome 9 (9p24.1) qui aboutit à la surexpression de PD-L1 par les cellules tumorales, les rendant sensibles aux traitements par inhibiteurs de checkpoint
Épidémiologie
Entre 2000 et 2500 nouveaux cas annuels en France, soit 0,5 % de l’ensemble des cancers
Deux pics d’incidence : adulte jeune 20–30 ans et sujet âgé > 60 ans
Clinique
Présentation Clinique
Adénopathie superficielle persistante, indolore, ferme, non inflammatoire, le plus souvent cervicale ou sus- claviculaire
Signes B : fièvre inexpliquée, sueurs nocturnes profuses, amaigrissement > 10 % en 6 mois
Altération de l’état général variable selon le stade et la charge tumorale
Adénopathies médiastinales :
Découverte radiologique fortuite
Toux sèche, gêne thoracique, dyspnée
Autres signes compressifs
Prurit diffus classique, parfois isolé
Douleurs ganglionnaires à l’ingestion d’alcool rares mais très évocatrices
Splénomégalie ou hépatomégalie possibles dans les formes plus étendues
Biologie
Anomalies de l'hémogramme
NFS le plus souvent normale
Anomalie non spécifique de la NFS : polynucléose neutrophile, parfois hyperéosinophilie, anémie inflammatoire ou lymphopénie
Autres anomalies biologiques
Biologie sanguine initial : NFS, CRP, LDH, albuminémie, ionogramme, créatininémie, bilan hépatique
Le bilan initial comportait jusqu’à récemment la VS dans la recherche du syndrome inflammatoire mais cet examen n’est plus pris en charge
Autres examens
Sérologies préthérapeutiques recommandées : VIH, VHB, VHC
Imagerie :
Radiographie thoracique utile pour l’évaluation d’une masse médiastinale
TDM cervico- thoraco- abdomino-pelvienne pour bilan d’extension
TEP-FDG de référence pour la stadification initiale et l’évaluation de la réponse thérapeutique
Bilan pré-thérapeutique :
ETT avant anthracyclines
EFR avec DLCO si bléomycine envisagée
Préservation de la fertilité à discuter avant traitement gonadotoxique
Diagnostic
Critères diagnostiques
Biopsie- exérèse ganglionnaire, idéalement portant sur un ganglion entier (diagnostic histologique parfois difficile)
Éviter si possible toute corticothérapie avant la biopsie, car elle peut altérer l’histologie et l’interprétation du TEP
La cytoponction isolée n’est pas suffisante pour affirmer le diagnostic, en raison de la nécessité d’une analyse architecturale complète
L’examen anatomopathologique identifie les cellules de Reed- Sternberg et précise le sous- type histologique
Immunophénotype habituel du lymphome de Hodgkin classique : PAX5 faible, CD30+, CD15 souvent positif, CD20-
Classification :
Stadification selon Ann Arbor :
Stade I : une seule aire ganglionnaire
Stade II : au moins deux aires ganglionnaires du même côté du diaphragme
Stade III : atteinte ganglionnaire des deux côtés du diaphragme
Stade IV : atteinte viscérale diffuse ou disséminée, notamment hépatique, pulmonaire ou médullaire
Suffixe A en l’absence de signes B, suffixe B en présence de signes B
Lettre E si atteinte extra- ganglionnaire contiguë (atteinte par extension), S si atteinte splénique, X si forte masse (> 10cm) ou si IMT (index de masse thoracique) > 0.35
Evaluation des facteurs de risques selon les critères de l’EORTC et les critères GHSG : groupe favorable (sans facteur de risque) ou défavorable (au moins un facteur de risque)
Facteur de risque de l’EORTC :
Âge ≥ 50 ans
> 3 aires ganglionnaires envahies
VS ≥ 30mm 1ère heure (avec symptômes B) ou ≥ 50mm 1ère heure (sans symptôme B)
Masse ganglionnaire volumineuse ( ≥ 10 cm ou rapport masse médiastinale/diamètre thoracique ≥ 0.35)
Facteur de risque du GHSG :
Masse médiastinale volumineuse (rapport MT ≥ 0.33)
Atteinte extra ganglionnaire
VS ≥ 30mm 1ère heure (avec symptômes B) ou VS ≥ 50mm 1ère heure (sans symptôme B)
> 3 aires ganglionnaires envahies
Score pronostic IPS, utilisé uniquement pour les formes avancées
Diagnostics différentiels
Mononucléose infectieuse ou autres syndromes mononucléosiques selon le contexte
Adénopathies réactionnelles infectieuses virales ou bactériennes
Tuberculose ganglionnaire, surtout en cas de signes généraux et d’adénopathies nécrotiques
Métastases ganglionnaires de carcinome solide
Sarcoïdose ou autres maladies granulomateuses
Conduite à tenir
Précautions
Prévention infectieuse par cotrimoxazole et valaciclovir
Traitement et suivi
Traitement
Le pronostic est majoritairement excellent et l’objectif de traitement est quasi systématiquement la guérison avec le moins de séquelles possible
Il est essentiel d’évaluer correctement le risque et le stade de la maladie avant tout traitement
Le traitement regroupe une chimiothérapie plus ou moins associée à une immunothérapie ou une radiothérapie selon le risque et en cas de forme localisée
Une évaluation par TEP-FDG sera réalisée à mi traitement et en fin de traitement, elle guide l’adaptation thérapeutique
Traitement symptomatique des nausées, support transfusionnel si besoin, accompagnement nutritionnel et psychologique
Les intercures feront l’objet de support par facteurs de croissance pour limiter la neutropénie chimio induite
Stades localisés (I/II) favorables ou défavorables :
Favorable : chimiothérapie par 2 cures d’ABVD (adriamycine, bléomycine, vinblastine, dacarbazine) puis :
En cas de réponse métabolique au TEP scanner : 1 cure d’ABVD suivie de radiothérapie selon le volume des ganglions résiduel
En cas d'absence de réponse satisfaisante au TEP scanner : escalade par deux cures de BEACOPP suivies de radiothérapie selon le volume des ganglions résiduel
Défavorable : chimiothérapie par 2 cures d’ABVD puis :
En cas de réponse métabolique au TEP scanner : 2 cures d’ABVD suivies de radiothérapie selon le volume des ganglions résiduel
En cas d'absence de réponse satisfaisante au TEP scanner : escalade par deux cures de BEACOPP suivies de radiothérapie selon le volume des ganglions résiduel
Selon les recommandations de l’esmo, en cas d'âge < 60 ans une escalade par BEACOPP d’emblée suivie de deux cures d’ABVD peut s’envisager, puis selon la réponse métabolique au TEP-FDG une radiothérapie sera indiquée
Stades avancés (III/IV ou IIB bulky):
Plusieurs schémas de traitement existent regroupant une immunochimiothérapie, l’usage de la radiothérapie n’est pas recommandée pour les stades avancés.
2 cures de BrECADD (brentuximab vedotin, etoposide, cyclophosphamide, doxorubicine, dacarbazine, dexamethasone) puis :
En cas de réponse métabolique au TEP scanner : 2 cures de BrECADD
En cas d'absence de réponse satisfaisante au TEP scanner : 4 cures de BrECADD (si réponse après 4 cures favorable) ou changement de thérapeutique en cas de progression
2 cures de BEACOPP (bléomycine, étoposide, doxorubicine, cyclophosphamide, vincristine, procarbazine, prednisolone) puis :
En cas de réponse métabolique satisfaisante au TEP2 : 2 cures d’AVD
En cas de réponse métabolique au TEP4 : 2 cures d’AVD
En cas d'absence de réponse satisfaisante au TEP4 : Traitement de rattrapage
En cas d'absence de réponse satisfaisante au TEP2: 2 cures de BEACOPP
En cas de réponse métabolique au TEP4 : 2 cures de BEACOPP
En cas d'absence de réponse satisfaisante au TEP4 :Traitement de rattrapage après biopsie de contrôle si possible
2 cures d’ABVD puis :
En cas de réponse métabolique au TEP scanner : 4 cures d’AVD
En cas d'absence de réponse satisfaisante au TEP scanner : escalade par 4 cures de BEACOPP
Traitement de la rechute ou du lymphome de Hodgkin réfractaire :
Chimiothérapie de rattrapage, une autogreffe de cellules souches hématopoïétiques chez les patients éligibles doit être envisagée
Complications
Complications initiales liées à la maladie : syndrome compressif médiastinal, atteinte médullaire
Complications précoces du traitement :
Toxicité hématologique, neutropénie fébrile, infections chez le patient immunodéprimé
Mucites, nausées
Neuropathie
Toxicité pulmonaire de la bléomycine nécessitant : surveillance clinique +/- fonctionnelle respiratoire
Toxicité cardiaque des anthracyclines dépendant de la dose cumulée
Toxicité de la radiothérapie :
Fibrose pulmonaire, cancer pulmonaire secondaire
Coronaropathie
Cancer du sein
Hypothyroïdie en cas d’irradiation cervicale ou médiastinale supérieure
Infertilité selon l’âge, le sexe et l’intensité thérapeutique
Cancers solides ou hématologiques secondaires à la radio chimiothérapie
Le lymphome de Hodgkin ne provoque pas de syndrome de lyse, la forte masse tumorale étant
principalement composée de micro-environnement et peu de cellules tumorales.
Le lymphome de Hodgkin n’atteint pas le SNC.
Suivi
Suivi principalement clinico-biologique
L’interrogatoire doit rechercher la présence de fièvre, sueurs nocturnes, amaigrissement, prurit, asthénie...
Examen clinique : aires ganglionnaires, foie, rate, état général, poids, signes respiratoires
Biologie selon contexte : NFS, CRP, bilan hépatique, fonction rénale, TSH en cas d’irradiation cervicale
L’imagerie n’est pas systématique au long cours en l’absence de point d’appel clinique elle se discute selon les symptômes ou les anomalies d’examen
La recherche de complication est liée au traitement dont a bénéficié le patient :
Complications précoces apparaissant au cours du traitement :
Toxicité hématologique, neutropénie fébrile, infections chez le patient immunodéprimé
Mucites, nausées
Neuropathie
Complications plus tardives :
Toxicité pulmonaire de la bléomycine nécessitant : surveillance clinique +/- fonctionnelle respiratoire
Toxicité cardiaque des anthracyclines dépendant de la dose cumulée
Toxicité de la radiothérapie :
Fibrose pulmonaire, cancer pulmonaire secondaire
Coronaropathie
Cancer du sein : dépistage mammaire renforcé
Hypothyroïdie en cas d’irradiation cervicale ou médiastinale supérieure
Cancers solides ou hématologiques secondaires à la radio chimiothérapie
Infertilité selon l’âge, le sexe et l’intensité thérapeutique
Évolution
Maladie le plus souvent curable avec les thérapeutiques actuelles lorsqu’elle est correctement stadifiée et traitée
Le risque de rechute est maximal dans les premières années après la fin du traitement
Les rechutes tardives restent possibles mais sont moins fréquentes
Les principaux enjeux à long terme concernent aussi les séquelles de la chimio-radiothérapie, notamment cardio-pulmonaires, endocriniennes, gonadiques et néoplasiques secondaires
Pronostic
Le pronostic est majoritairement excellent
Références
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