Admin
Retour aux situations fréquentes
Cytopénies

Anémie macrocytaire

L’anémie est définie par une baisse de l’hémoglobine en deçà des valeurs normales pour l’âge :

  • Homme (> 14 ans) : < 13 g/dL

  • Femme (> 14 ans) : < 12 g/dL

  • Femme enceinte T1 et T3 : < 11 g/dL

  • Femme enceinte T2 : < 10.5 g/dL

  • Enfant : < 11 g/dL

  • Nouveau-né : < 14 g/dL

Une anémie macrocytaire en définie par un volume globulaire moyen supérieur à 100 fL.

La raisonnement diagnostique devant une anémie macrocytaire est basé sur le caractère régénératif ou arégénératif (réticulocytes). 

Situation d'urgence

Toute anémie < 6 g/dL et symptomatique est une urgence thérapeutique.

En cas de fièvre ou de retour de voyage, un paludisme ou une bactériémie doivent être évoqués.

Toute anémie hémolytique associée à une thrombopénie doit faire évoquer une microangiopathie thrombotique et nécessite la recherche de schizocytes au frottis sanguin.

Démarche diagnostique

Interrogatoire

  • Ancienneté de l’anémie ? Biologie antérieure disponible ? 

  • Antécédents familiaux d’hémolyse, de pathologie du globule rouge

  • Antécédents personnels 

  • Traitement (IPP, metformine, antihistaminique)

  • Régime alimentaire

  • Troubles digestifs

Clinique

  • Syndrome anémique :

    • Asthénie, dyspnée d’effort voire de repos

    • Tachycardie, angor d’effort, souffle systolique fonctionnel aortique (hyperdébit)

    • Pâleur généralisée (cutanée, muqueuse, conjonctivale)

    • Céphalées, vertiges, acouphènes, myodésopsies

  • Altération de l’état général

  • Ictère cutanéo muqueux, urines foncées

  • Syndrome tumoral : recherche d’hépato-splénomégalie

  • Signe de carence en vitamine B9 :

    • Glossite, troubles cognitifs, syndrome dépressif, polynévrite

  • Signe de carence en vitamine B12 : 

    • Cutanéo-muqueux : glossite atrophique, ulcère, vaginite, ictère

    • Neurologique : paresthésies, sclérose combinée de la moelle, irritation pyramidale, troubles mnésiques, polynévrites, troubles génito-sphinctériens

    • Ophtalmologique : scotome, vision floue

Biologique

Le bilan de première intention doit comporter un dosage des réticulocytes pour orienter la suite de la démarche diagnostique.

Anémie macrocytaire régénérative (réticulocytes > 120 G/L) : 

  • Bilan biochimique pour le diagnostic positif d’hémolyse : LDH, Haptoglobine, bilirubine libre

  • Frottis sanguin à la recherche d’une anomalie du globule rouge (drépanocytose, schizocytes...)

  • Test direct à l’antiglobuline (Coombs direct)

  • En cas de retour de zone d’endémie palustre ou de fièvre : frottis goutte épaisse et hémoculture

Bilan spécialisé : 

  • Pyruvate kinase érythrocytaire, G6PD

  • Recherche d’anomalie de l’hémoglobine (comprend l’électrophorèse de l’hémoglobine) à réaliser après correction d’une éventuelle carence martiale

  • Recherche d’un clone HPN

  • Test à l’EMA

  • Ektacytométrie (laboratoire spécialisé)

Anémie macrocytaire arégénérative (réticulocytes < 120 G/L) : 

  • Dosage des vitamines B9 et B12

  • TSH

  • Bilan hépatique et rénal

Un myélogramme est indiqué dans le bilan de deuxième intention après avis spécialisé.

Étiologies

Anémie macrocytaire régénérative : 

Elles sont principalement hémolytiques, par destruction des globules rouges. Le VGM est en général modérément augmenté.

Causes non hémolytiques : 

  • Toute régénération médullaire : post carence, post anémie centrale toxique, post hémorragique

Hémolyse 

  • Hémolyse immunologique (anémie hémolytique auto-immune) : test de Coombs positif, AHAI à anticorps chauds ou froids

  • Hémolyse mécanique : 

    • Présence de schizocytes (fragments de globules rouges)

    • Microangiopathies thrombotiques : PTT, SHU, HELLP syndrome

    • Hémolyse sur dispositif intra vasculaire (ex : valve cardiaque)

  • Hémolyse infectieuse : 

  • Par action directe : bactériémie à Clostridium, SHU (E. coli) par production de toxine hémolytique

  • Par invasion du globule rouge : paludisme, babésiose

  • Par production d’anticorps (mécanisme immunologique réactionnel à un agent infectieux) : EBV, mycoplasmes

  • Hémolyse toxiques : 

    • Saturnisme (intoxication au plomb)

    • Iatrogène (dapsone, surdosage en zopiclone)

    • Toxique (poppers)

    • Champignons, venin de serpent...

  • Hémolyse par anomalie du globule rouge (dites corpusculaires, la plupart innées) :

  • Anomalie de l’hémoglobine : drépanocytose, thalassémies 

  • Anomalie de la membrane : sphérocytose héréditaire, acanthocytose 

  • Anomalie enzymatique : déficit en G6PD, déficit en pyruvate kinase

  • Hémoglobinurie paroxystique nocturne (la seule hémolyse corpusculaire acquise)

Anémie macrocytaire arégénérative :

Insuffisance d’organe : hépatopathie chronique, insuffisance rénale chronique (< 30 mL/min), hypothyroïdie

Carence en vitamine B9 :

  • Carence d’apport : éthylisme chronique, régime pauvre en fruit et légumes, sujet âgé

  • Augmentation des besoins : grossesse, allaitement, anémie hémolytique chronique, adolescence

  • Malabsorption : MICI, maladie cœliaque, résection jéjunale...

  • Interaction médicamenteuse : méthotrexate, cotrimoxazole, sulfamides...

Carence en vitamine B12 :

  • Carence d’apport : Régime alimentaire végétarien ou végétalien, dénutrition, patient > 75 ans, éthylisme chronique

  • Affection digestive : 

    • Gastrique : 

      • Inflammatoire : Gastrite atrophique (Biermer), Helicobacter pylori

      • Chirurgicale : gastrectomie, chirurgie bariatrique

    • Pancréatique : insuffisance pancréatique exocrine

    • Intestinale : 

      • Inflammatoire : MICI, tumeurs, radiothérapie

      • Chirurgicale : résection intestinale

      • Infectieuse : botriocéphale (parasite)

      • Congénitale : maladie d’Imerslund

  • Iatrogène : metformine, IPP, antihistaminique, colchicine, prégabaline, phénobarbital...

  • La contraception œstro-progestative peut diminuer le dosage de vitamine B12 sans causer de carence.

  • Protoxyde d’azote

Cause médullaire 

  • Érythroblastopénie

  • Aplasie médullaire

  • Infection (tuberculose, parasitaire...)

Iatrogène : méthotrexate, sulfamides, anticomitiaux…

Adressage spécialisé

Adressage spécialisé

L’anémie est une situation parfois complexe avec de nombreuses spécialités médicales concernées. 

En cas d’anémie hémolytique un adressage en médecine interne sera dicté par le contexte clinique et le bilan étiologique.

Un adressage en gastro-entérologie est indiqué en cas de suspicion de pathologie digestive.

L’adressage en hématologie est indispensable en cas d’anémie arégénérative.

Références

1.

FRON JB. RecoMédicales [Internet]. 2026 [cité 22 août 2026]. Anémie. Disponible sur: https://recomedicales.fr/recommandations/anemie/

2.

Szymanowicz, A. Diagnostic des anémies. Feuillets de Biologie. mai 2013;LIV(312):11‑22.

3.

Hématologie, 5e édition - ClinicalKey Student [Internet]. [cité 13 juill 2026]. Disponible sur: https://www-clinicalkey-com.scd-rproxy.u-strasbg.fr/student/content/toc/3-s2.0-C20220026751

4.

Orphanet. L’hémoglobinurie paroxystique nocturne [Encyclopédie Orphanet Grand Public / fiche d’information maladie rare] [Internet]. Paris, France: Orphanet; juin 2010. Disponible sur: https://www.orpha.net/pdfs/data/patho/Pub/fr/HemoglobinurieParoxystiqueNocturne-FRfrPub21v02.pdf

5.

Chandra S, Tripathi AK, Mishra S, Amzarul M, Vaish AK. Physiological Changes in Hematological Parameters During Pregnancy. Indian J Hematol Blood Transfus. sept 2012;28(3):144‑6. doi:10.1007/s12288-012-0175-6 PubMed PMID: 23997449; PubMed Central PMCID: PMC3422383.

Dernière mise à jour: 16 août 2026