Leucémie aiguë lymphoïde
Informations Générales
Définition
Hémopathie maligne clonale avec prolifération de blastes lymphoïdes dans la moelle osseuse et le sang
Selon la présentation initiale, on pourra employer le terme de leucémie ou de lymphome lymphoblastique de type B (85%) ou T (15%)
Insuffisance médullaire aiguë : anémie normo ou macrocytaire, thrombopénie, neutropénie
Formes de novo (85%) ou secondaires (15%) : post-LMC, post-chimiothérapie/radiothérapie
Physiopathologie
Accumulation d'anomalies génétiques dans les cellules souches hématopoïétiques
Association de mutations activatrices de la prolifération et de mutations bloquant la différenciation
Anomalies cytogénétiques :
Favorables : hyperdiploïdie, t(12 ;21)(p13 ;q22)/TEL-AML1, mutation NOTCH-1/FBXW7 (dans les LAL T)
Défavorables : hypodiploïdie, t(4;11)(q21;q23)/MLL-AFA4, mutation 11q23/MLL ou 14q32, t(1;19)(q23; p13)/PBX-E2A, t(8;14), del(6q), del(7p), del(17p), monosomie 7, trisomie 8...
Conséquences : blocage de différenciation → accumulation de blastes → envahissement médullaire → cytopénies périphériques
Catégories de LAL selon la dernière classification OMS 2022 :
Leucémie aiguë lymphoblastique B :
Selon le caryotype :
Leucémie aiguë / lymphome lymphoblastique B avec hypodiploïdie
Leucémie aiguë / lymphome lymphoblastique B avec hyperdiploïdie
Selon les anomalies cytogénétiques récurrentes :
Leucémie aiguë / lymphome lymphoblastique B avec fusion de BCR-ABL1
Autre : réarrangement KMT2A, fusion ETV6-RUNX1, fusion TCF3-PBX1, amplification iAMP21...
Leucémie aiguë / lymphome lymphoblastique sans autre spécification
Leucémie aiguë lymphoblastique T :
Leucémie aiguë lymphoblastique à précurseurs T
Leucémie aiguë lymphoblastique T sans autre spécification
Classification pronostique guidant la prise en charge
Épidémiologie
Incidence : 1000 cas/an en France, 1,5/100 000 habitants/an
Elle représente 80% des leucémies aiguës (LA) de l’enfant et 20% des LA de l’adulte
Prédominance masculine
Facteurs prédisposants :
Exposition environnementale : radiations ionisantes, tabagisme chronique
Traitement antérieur : radiations ionisantes médicales, chimiothérapies (5 à 10 ans après un traitement par agents alkylants, 1 à 5 ans après un traitement par inhibiteurs des topoisomérases II).
Prédisposition génétique : trisomie 21, ataxie télangiectasie
Clinique
Présentation Clinique
Installation aiguë en quelques jours à semaines
La clinique est initialement discrète et non spécifique
Syndrome anémique : asthénie intense, dyspnée, pâleur, tachycardie
Syndrome hémorragique : purpura, épistaxis, gingivorragies, hémorragies viscérales (thrombopénie et/ou CIVD)
Syndrome infectieux : fièvre, infections bactériennes/fongiques (neutropénie)
Signes tumoraux : adénopathies, splénomégalie, possible hépatomégalie
Douleurs osseuses et articulaires
Infiltration testiculaire : rare, plus fréquente chez l’enfant et l’adolescent
Atteinte neurologique : neuropathie de la 6ème et 7ème paires des nerfs crâniens, augmentation de la pression intracrânienne avec nausées, vomissements, céphalées, œdème papillaire
Urgences vitales au diagnostic :
Leucostase : détresse respiratoire et ralentissement neurologique (hyperleucocytose > 100 G/L, beaucoup plus rare que pour les LAM).
Syndrome de lyse : Spontané ou provoqué.
Syndrome hémorragique diffus : thrombopénie majeure, coagulopathie de consommation
Choc septique sur neutropénie fébrile
Biologie
Anomalies de l'hémogramme
Anémie normocytaire arégénérative, une macrocytose fait évoquer une carence vitaminique sous-jacente
Leucocytes variables : leucopénie, hyperleucocytose tumorale, neutropénie fréquente mais pas systématique
Blastes circulants
Thrombopénie fréquente (< 100 G/L)
On ne retrouve pas de signe de dysmyélopoïèse au frottis sanguin
Autres anomalies biologiques
Syndrome de lyse spontané ou provoqué : Hyperkaliémie, hyperuricémie, hyperphosphorémie, hypocalcémie, insuffisance rénale, LDH élevées
Sérologie VIH, VHB, VHC
Myélogramme
Cytologie :
Moelle hypercellulaire
≥ 20% de blastes médullaires : critère diagnostique OMS, le nombre de blastes est fréquemment très élevé, souvent > 90%
Immunophénotypage : confirme lignée lymphoïde B (CD19+, CD20+, CD79a+) ou T (CD3+, CD7+)
Cytogénétique (caryotype, FISH) :
Facteur pronostique majeur
Hyper ou hypodiploïdie
Fusion de BCR-ABL1
Autre : réarrangement KMT2A, iAMP21...
Biologie moléculaire : mutation Ikaros, etc
Marqueurs de MRD :
caractéristique moléculaire permettant de détecter les blastes dans les prélèvements de suivi (maladie résiduelle minimale = MRD)
Pour la LAL phi+ le suivi peut se faire à partir du transcrit BCR-ABL
Le marqueur de référence disponible pour la majorité des LAL est le réarrangement IgTCR
Autres examens
Typage HLA : si patient éligible à la greffe
Ponction lombaire : recherche de localisation méningée au diagnostic
Imagerie :
TDM TAP au diagnostic pour une évaluation du syndrome tumoral
+/- TEP scanner au diagnostic pour les LAL T et lymphomes lymphoblastiques
Diagnostic
Critères diagnostiques
Excès de blastes ≥ 20% dans le sang ou la moelle
L’immunophénotypage est essentiel pour distinguer une leucémie aiguë lymphoïde B et T
La recherche d’une fusion de BCR::ABL est essentielle
Immunophénotypage essentiel pour catégoriser la leucémie :
MPO négatif
LAL B : au moins deux parmi CD19, CD22, CD79a
LAL T : CD3+
Les analyses cytogénétiques permettent de classer la LAL dans un groupe pronostique à partir des principales anomalies
Il est essentiel d’éliminer une leucémie de Burkitt dont le traitement diffère
Diagnostics différentiels
Leucémie aiguë myéloïde (LAM) : blastes myéloïdes (immunophénotypage)
Lymphome non hodgkinien :
Certaines formes de LNH peuvent avoir une forte dissémination sanguine
Taux de blastes < 20%
Un syndrome mononucléosique : lymphocytose moins importante sans cytopénie associée
Hyperlymphocytose infectieuse :
Coqueluche
Maladie de Carl Smith : Hyperlymphocytose importante probablement virale observée chez l’enfant
Hématogones : cellules lymphoïdes de petite taille hétérogène, retrouvées dans des contextes de régénération médullaire
Localisation médullaire de tumeur solide à petites cellules
Leucémie prolymphocytaire
Leucémie à plasmocytes
Conduite à tenir
Traitement et suivi
Traitement
Bilan pré thérapeutique :
Âge, comorbidité, performance status
Fonction rénale, hépatique, cardiaque (ETT avant anthracyclines)
Typage HLA si une greffe est envisagée
Echographie hépatique avant asparaginase à la recherche de stéatose hépatique
Bilan cardiovasculaire global avec pan-doppler artériel avant traitement par ITK pour les LAL B Phi+
Urgences au diagnostic :
Leucostase :
Hydratation
Corticothérapie, le plus souvent débutée comme une préphase du protocole de traitement
Syndrome de lyse :
Lyse cellulaire avec relargage de potassium, phosphore, acide urique et de LDH, chélation du calcium, insuffisance rénale aiguë
Gestion des troubles ioniques : resikali, sevelamer, voire épuration extra-rénale
Hydratation abondante
Rasburicase (fasturtec)
Pas de supplémentation en calcium
Neutropénie fébrile : Antibiothérapie de large spectre : bétalactamine couvrant le Pseudomonas, associée à de la vancomycine en cas de point d’appel cutané et de l’amikacine en cas de gravité
Gestion du risque infectieux pendant la phase de traitement intensif :
Isolement en chambre protégée
Alimentation stérilisée
Prophylaxies médicamenteuses :
Anti zostérienne par valaciclovir
Anti pneumocyste: cotrimoxazole, atovaquone ou aérosols de pentamidine
Antifongique : variable selon les centres
Patient fit (éligible à une chimiothérapie intensive) :
Traitement à visée curative
Préphase de corticothérapie jusqu’à 7 jours
Induction (4 semaines) : polychimiothérapie associée à de la L-asparaginase et une corticothérapie
Traitement selon des protocoles nationaux : GRAALL ou GRAAPH (en cas de leucémie phi+)
Chimiothérapie à base de vincristine (agent antimitotique), de cyclophosphamide (agent alkylant) et de daunorubicine (anthracycline)
L-asparaginase : destruction de l’asparagine consommée par les cellules cancéreuses
Chimiothérapie intrathécale curative ou prophylactique: méthotrexate, cytarabine, corticoïde
Objectif : rémission complète (RC) :
Blastes sanguins non détectables, blastes médullaires < 5%
Absence de localisation extra médullaire
Consolidation : plusieurs blocs de chimiothérapie voire d’immunothérapie (blinatumomab pour les LAL B)
Poursuite de la prophylaxie neuroméningée intrathécale
+/- irradiation encéphalique en cas d’absence d’allogreffe
Allogreffe de cellules souches hématopoïétiques :
Seulement en cas d’état général autorisant une greffe
Indiquée en cas de LAL de haut risque, pronostic défavorable, MRD positive persistante
Diminuer le risque de rechute grâce à l’effet greffon contre leucémie
Entretien :
Phase durant généralement 2 ans
Traitement per os
Méthotrexate et 6-mercaptopurine
Poursuite de la surveillance avec MRD régulière
Poursuite de la prophylaxie anti-infectieuse
Autres thérapeutiques :
Thérapies ciblées : inhibiteur de tyrosine kinase dans les LAL phi + (imatinib, dasatinib, ponatinib) associé aux protocoles de chimiothérapie
Immunothérapies :
Anticorps anti CD20 : rituximab
Blinatumomab, anticorps bispécifique liant le CD3 des lymphocytes T avec le CD19 sur les cellules de LAL B
Inotuzumab ozogamicine, anticorps conjugué ciblant le CD22
CAR-T cells
Patient unfit (non éligible à une chimio intensive et non éligible à la greffe) :
Traitement selon le protocole adapté: Réduction des doses de chimiothérapies et espacement des injections pour améliorer la tolérance
Préphase : corticothérapie à base de dexaméthasone
Puis induction, consolidation et entretien selon le même modèle
Alternative thérapeutiques :
Comme pour le sujet jeune, d’autres thérapeutiques peuvent être employées
L’allogreffe de cellules souches est rarement proposée chez le sujet âgé en raison de ses risques, y compris en cas d’utilisation d’un conditionnement d’intensité atténuée
Soins de support exclusifs si état général très altéré
Complications
Infections sévères : pneumopathies, septicémies, candidoses (neutropénie)
Hémorragies graves : cérébrales, digestives, pulmonaires (thrombopénie ± CIVD)
Toxicité des anthracyclines : cardiotoxicité (insuffisance cardiaque)
Toxicité cytarabine haute dose : neurotoxicité cérébelleuse, hématotoxicité, toxicité digestive, conjonctivite
Syndrome de lyse tumorale : insuffisance rénale, hyperkaliémie
Complications de l’allogreffe : GVH aiguë/chronique, infections opportunistes, rechute (20-40%)
Leucostase : détresse respiratoire, troubles neurologiques (hyperleucocytose > 100 G/L)
Suivi
Suivi de la MRD en biologie moléculaire :
IgH pour les LAL B
TCR pour les LAL T
Suivi du transcrit de fusion pour les LAL B phi+
Rechute :
Le bilan médullaire est systématique
Les analyses de cytogénétique sont réitérées
Pendant le traitement :
NFS 2-3 fois/semaine
MRD à la fin de l’induction et régulière par la suite
Après la fin du traitement :
NFS régulières et au moindre symptôme
Consultation hématologique tous les 3 mois pendant 2 ans
Signes d'alerte : fièvre > 38°C, syndrome hémorragique, dyspnée, céphalées, réapparition des blastes
Prophylaxies :
Valaciclovir tant que dure la lymphopénie
Cotrimoxazole tant que dure la lymphopénie
Tolérance du traitement :
NFS, réadaptation fonctionnelle, toxicité cardiaque…
Évolution
Adolescents et jeunes adultes : 70% de survie à 5 ans
Adultes : 50% de survie à 5 ans
Patients âgés : pronostic plus sombre
Pronostic
Les progrès thérapeutiques récents ont amélioré le pronostic, mais il reste tout de même sombre chez l’adulte. Il est en revanche très bon chez l’enfant.
Facteurs de mauvais pronostic :
Âge élevé
Performance status > 1
Taux de leucocytes > 30 G/L en cas de LAL B et > 100 G/L en cas de LAL T
Stade de maturation :
Avancée en cas de LAL T
Immature en cas de LAL B
Caractéristiques cytogénétiques et moléculaires :
LAL phi +
T(4 ;11), MLL+, PBX-E2A+, délétion d’IKZF1...
Atteinte du SNC
Réponse thérapeutique :
Patient non répondeur aux corticoïdes
≥ 5% de blastes après J8-J15
Absence de rémission complète après un premier cycle complet
MRD positive post induction
Références
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