Maladie de Waldenström
Informations Générales
Définition
Aussi appelée lymphome lymphoplasmocytaire, elle est classée comme un lymphome non hodgkinien indolent
Hémopathie maligne caractérisée par une prolifération clonale lymphoplasmocytaire associée à la sécrétion d’une IgM monoclonale
Au même titre que le myélome multiple, la maladie est précédée par une MGUS (Monoclonal Gammapathy of unknown significance) avec un pic à IgM, sans aucun signe clinique ou biologique
Physiopathologie
L’étiologie n’est pas certaine, on suspecte un lien avec une inflammation chronique ou une maladie auto-immune
Il ne s’agit pas d’une maladie héréditaire bien que certains cas familiaux soient décrits : chez presque 20% des patients, un parent au premier degré présente une maladie de Waldenström ou une autre lymphoprolifération B
Expansion clonale d’une cellule B ayant acquis une capacité sécrétoire d’IgM avant sa différenciation terminale en plasmocyte
Dans plus de 90% des patients on retrouve une mutation du gène MYD88 codant pour une protéine de la transduction du signal des récepteurs Toll-like
Épidémiologie
Maladie rare, 5 cas pour 100 000 habitants, prédominance masculine, âge moyen de 70 ans
Clinique
Présentation Clinique
Signes généraux : particulièrement dans les formes agressives et en cas d’envahissement médullaire
Signes d’insuffisance médullaire : Anémie, asthénie, dyspnée
Syndrome tumoral : Adénopathie, splénomégalie, plus rarement une hépatomégalie
Atteinte viscérale :
Syndrome de Bing-Neel (infiltration du SNC) : céphalées, convulsions, paralysie faciale, faiblesse dans les membres inférieurs
Pulmonaire, digestive, plus rarement osseuse
Signes liés à l’IgM monoclonale :
Syndrome d’hyperviscosité :
Manifestations neurologiques ou visuelles, syndrome hémorragique (principalement cutanéo-muqueux)
Dans 15% des cas l’IgM possède des propriété cryoglobulinique :
Purpura, saignements muqueux, arthralgies, acrocyanose
Dans certains cas, l’IgM a une activité agglutinine froide et peut se fixer à la membrane des globules rouges :
Anémie hémolytique aiguë ou chronique
Acrosyndrome
Manifestations déclenchées par l’exposition au froid
Amylose AL : atteinte cardiaque
Dans 20 à 30% des cas l’IgM est associée à une neuropathie :
Dans la plupart des cas il s'agit d’une neuropathie anti-MAG
Ataxie, perte de sensibilité distale
Biologie
Anomalies de l'hémogramme
Anémie le plus souvent normochrome normocytaire. Une anémie hémolytique doit être recherchée
Leucocytes le plus souvent normaux, parfois légère lymphocytose, parfois neutropénie
Thrombopénie dans 40 % des cas
Autres anomalies biologiques
Bilan d’hémolyse : haptoglobine, LDH, bilirubinémie, test de Coombs
Bilan d’hémostase : TP, TCA, fibrinogène
EPS :
Pic monoclonal à IgM en béta ou gamma
Restriction de synthèse des IgG et IgA dans 50% des cas
Les maladies de Waldenström sont rarement non sécrétantes (5%)
L’immunofixation montre une IgM possédant une chaîne légère kappa dans 80% des cas
Protéinurie de Bence Jones positive dans 50% des cas
Cryoglobuline
Agglutinine froide
Béta2 microglobuline : corrélée à la masse tumorale
Recherche d’auto-immunité : Facteur rhumatoïde, AAN
En cas de signes de neuropathie : dosage des anticorps anti MAG
Sérologie VIH, VHB, VHC
Myélogramme
Myélogramme et biopsie ostéomédullaire, indispensables au diagnostic
Cytologie :
On retrouve un infiltrat lymphoïde polymorphe au sein d’une moelle riche
On retrouve fréquemment une présence non spécifique de mastocytes
Les autres lignées sont quantitativement moins représentées
On recherche une myélodysplasie associée
Etude cytogénétique et moléculaire :
Recherche de la mutation ponctuelle L265P du gène MYD88:
Mutation retrouvée dans 90% des maladies de Waldenström
Cette mutation n’est pas spécifique puisqu’elle est retrouvée dans 20% de certains lymphomes non hodgkiniens
Elle est présente dans près de 50% des MGUS IgM
Elle n’est jamais présente en cas de myélome multiple et permet d’exclure ce diagnostic différentiel
Mutation CXCR4 :
Mutation présente chez 30 à 40% des patients
La présence de cette mutation est corrélée avec une atteinte médullaire, un syndrome d’hyperviscosité et un taux d’IgM plus important
Cette mutation a un intérêt thérapeutique car elle est associée à un meilleur taux de réponse aux IBTK
Autres examens
Immunophénotypage :
Les cellules sont de phénotype B matures, elles expriment le CD19+, CD20+, CD22+, CD79a+ et on retrouve fréquemment une IgM membranaire.
Biopsie ganglionnaire :
En cas d’adénopathie, une biopsie ganglionnaire permet d’éliminer un diagnostic différentiel de lymphome.
Imagerie :
Un scanner TAP est indiqué lors de l‘évaluation initiale chez les patients symptomatiques.
Diagnostic
Critères diagnostiques
Maladie de Waldenström symptomatique :
Pic à IgM dont la quantification n’est pas importante
Infiltration médullaire lymphoplasmocytaire
Présence de signes cliniques
Maladie de Waldenström asymptomatique :
Pic à IgM à un taux intermédiaire (entre 15 et 30 g/L)
Infiltration médullaire lymphoïde
Absence de signe clinique
Absence de cytopénie
La présence de MYD88 n’est pas suffisante pour poser le diagnostic de maladie de Waldenström
Diagnostics différentiels
MGUS à IgM :
Pic à IgM < 15 g/L
Absence d’infiltration médullaire lymphoïde
Absence de signe clinique
Absence de cytopénie
Risque d’évolution en maladie de Waldenström de 1% par an
Lymphome non hodgkinien et autre prolifération lymphoïde :
Lymphome de la zone marginale : pic IgM dans un tiers des cas, lymphocytose sanguine, splénomégalie (rare dans le Waldenström)
Cryoglobulines
Maladie des agglutinines froides
Myélome multiple à IgM : exceptionnel, prolifération plasmocytaire CD138+
Conduite à tenir
Précautions
Prophylaxie sous traitement :
Anti zostérienne : valaciclovir
Prévention de la pneumocystose en cas de lymphodéplétion profonde: Cotrimoxazole
Mise à jour du calendrier vaccinal
Vaccination pneumocoque, zona, grippe et covid indiquées
Traitement et suivi
Traitement
Un syndrome d’hyperviscosité clinique ou un taux d’IgM > 30g/L nécessite un traitement par plasmaphérèse
Indication de traitement :
Pic IgM > 30g/L
Cytopénies :
Anémie, Hb < 10g/dL
Thrombopénie < 100 G/L
Hyperviscosité
Atteinte extra médullaire symptomatique : neuropathie, agglutinine froide, cryoglobulinémie
Traitement de première ligne par immunochimiothérapie selon la présentation clinique et l’état général du patient :
6 cycles de rituximab (anticorps anti-CD20) associé à de la bendamustine (chimiothérapie, agent alkylant)
6 cycles de rituximab (anticorps anti-CD20), dexaméthasone (corticothérapie) et cyclophosphamide (agent alkylant)
Le traitement de deuxième ligne est souvent à base d’inhibiteurs de la Bruton tyrosine kinase (IBTK)
La présence de la mutation CXCR4 est un indicateur d’une bonne réponse aux IBTK
Première génération (Ibrutinib), deuxième génération (Acalabrutinib et Zanubrutinib) et troisième génération (Pirtobrutinib)
Complications
Complications liées à l’infiltration par les cellules lymphomateuses :
Pulmonaire, digestive, cutanée
Neurologique (syndrome de Bing-Neel)
Médullaire : cytopénie
Complications liées à l’immunoglobuline :
Hyperviscosité et augmentation du volume plasmatique avec risque de décompensation cardiaque
Insuffisance rénale
Agglutinine froide : Anémie hémolytique
Cryoglobuline
Complications liées au traitement :
Immunodépression, en particulier lymphodéplétion B sous rituximab
Effets indésirables des IBTK :
Syndrome hémorragique. Le plus souvent dans les 6 à 8 premières semaines. Une suspension des traitements anticoagulants doit se discuter
Cardiologique, notamment fibrillation ou flutter atrial
Cytopénies
Risque d’infections
Cancers cutanés
Des modifications des doses peuvent survenir avec les inhibiteurs ou inducteurs de CYP3A
Myélodysplasies et leucémie aiguë secondaire à la chimiothérapie
Complications liées à l’évolution de la maladie :
Transformation en syndrome de Richter
Suivi
Surveillance clinique :
Altération de l’état général
Syndrome tumoral, splénomégalie
Signes d’hyperviscosité : céphalées, troubles visuels, épistaxis
Neuropathie périphérique : bilatérale, symétrique, longueur dépendante
Maladie des agglutinines froides : anémie, urines foncées après exposition au froid
Cryoglobulinémie : livedo reticularis, décoloration des mains et pieds après exposition au froid
Amylose : syndrome néphrotique, cardiomyopathie, neuropathie d’évolution rapide
Syndrome de Bing-Neel : céphalées, convulsions, paralysie faciale, faiblesse dans les membres
Surveillance biologique :
EPS et immunofixation pour le suivi du taux d’IgM
NFS
CRP
Créatinine, DFG
ASAT, ALAT, GGT, PAL
Protéinurie annuelle
Selon la situation clinique :
En cas d’anémie : vitamine B9, B12, ferritine, bilan d’hémolyse
Recherche d’auto-immunité : FR, AAN
Agglutinine froide, cryoglobuline
En cas d’apparition de signes de neuropathie : dosage des anticorps anti MAG
Un examen ophtalmologique une à deux fois par an à la recherche de signes d’hyperviscosité est souhaitable
En cas de suspicion d’hyperviscosité :
Bilan biologique avec quantification du pic IgM et quantification de la viscosité sérique
En cas de signes d’hyperviscosité des séances d’échanges plasmatiques peuvent être proposées
Des échanges plasmatiques doivent être proposé en cas de taux d’IgM > 30g/L
En cas d’apparition de signes de neuropathie : dosage des anticorps anti MAG
Évolution
Hémopathie chronique indolente
Le pronostic s’est amélioré depuis l’introduction des thérapeutiques actuelles
L’anémie est une complication fréquente au cours de la maladie de Waldenström :
Lorsqu’un patient atteint d’une maladie de Waldenström développe une anémie, il convient d’en faire le bilan avant de poser une indication de traitement
25% des patients développent une carence en fer liée à la production d’hepcidine dans les cellules cancéreuses
Le bilan recherche :
Une carence en fer, en vitamine B9 et B12
Des saignements gastro-intestinaux
Une hémolyse
En cas de carence en fer une supplémentation IV sera proposée
Pronostic
Pronostic
Score IPSSWM :
Âge > 65 ans
Hb ≤ 11.5g/dL
Plaquettes ≤ 100G/L
Béta2microglobuline > 3mg/L
IgM sérique > 70 g/L
Le score rIPSSWM ajoute le taux de lactate déshydrogénase et d’albumine
Ces scores sont antérieurs à l’arrivée des principales thérapeutiques actuelles dans la maladie de Waldenström et ne sont donc plus représentatifs du pronostic.
Références
1.
Morel P, Duhamel A, Gobbi P, Dimopoulos MA, Dhodapkar MV, McCoy J, et al. International prognostic scoring system for Waldenstrom macroglobulinemia. Blood. 30 avr 2009;113(18):4163‑70. doi:10.1182/blood-2008-08-174961 PubMed PMID: 19196866.
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3.
Association Française contre les Neuropathies Périphériques. Les neuropathies anti-MAG [Internet]. 2023. Disponible sur: https://www.neuropathies-peripheriques.org/anti-mag-2/
4.
Lymphome lymphoplasmocytaire / Maladie de Waldenström | HEMATOCELL [Internet]. [cité 4 août 2026]. Disponible sur: https://www.hematocell.fr/pathologie-lymphoide/lymphome-lymphoplasmocytaire-maladie-de-waldenstrom
5.
Orphanet. Macroglobulinémie de Waldenström [Orphanet] [Internet]. mars 2025. Disponible sur: https://www.orpha.net/fr/disease/detail/33226
6.
Bouclet F, Krzisch D, Leblond V, Tomowiak C, Laribi K, Ysebaert L, et al. Maladie de Waldenström : actualités et perspectives en 2022. Bulletin du Cancer. 2022;110(1):88. doi:10.1016/j.bulcan.2022.08.012 PubMed PMID: 36229266.
7.
Orphanet. Maladie des agglutinines froides [Orphanet] [Internet]. août 2010. Disponible sur: https://www.orpha.net/fr/disease/detail/56425
8.
Kastritis E, Leblond V, Dimopoulos MA, Kimby E, Staber P, Kersten MJ, et al. Waldenström’s macroglobulinaemia: ESMO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up. Annals of Oncology. oct 2018;29:iv41‑50. doi:10.1093/annonc/mdy146
